No particular place to go

11 septembre 2016

Perché

Publié par stephanegrangier dans Non classé

a0480981480_10Au début, il y eut ce morceau, au hasard de la compil d’un label. D’abord, la fascination puis le coup de foudre. Un objet d’une classe très rare, fait de réjouissantes trouvailles harmoniques semblait exister en entité parfaitement aboutie, dans ce fouchtraque sounclound où tout s’enchevêtre constamment, rendant les jolies choses si difficiles à trouver. Je tenais ENFIN quelque chose.

Va défricher l’Amazonie pour trouver un arbre, toi. Alors quand il me fut donné de tomber sur la pépite symbolisant l’indice qui me mènerait au trésor, j’ai suivi la merveilleuse piste toute tracée, entre falaises, rivières majestueuses, arbres millénaires et nature luxuriante, et j’ai découvert  des harmonies, thèmes, un style, un charme,  des cascades de son, et puis l’envol et le lyrisme d’un oiseau magistralement majestueux.
Évidemment, pas complètement dupe, c’est là que le courant continu de la méfiance m’a activé le clignotant me forçant à me garer sur le bas-côté, juste pour y voir plus clair. « Mec, t’es un peu neuneu et après le pied-tendre, t’as généralement le cœur, tendre, me serais-je moi-même floué, artichaut grégaire bêtement arrimé aux sirènes de la shoegaze ? »
Bref, ma trop facile appréciation m’aurait-elle empêché de voir un marketing pas larvé du tout ? (pour y avoir si facilement  nagé nu et avec délice comme dans l’eau bouillonnante d’un gigantesque jacuzzi ?).

MFPChez bandcamp, si l’on bricole à la maison, l’on aime à faire un travail d’orfèvre, d’artisan sûr de son geste. Pas de la vieille major dégoulinante d’offres et de demandes à vous transformer la magie en produit bas-de-gamme généraliste, pas de chef de produit reptilien, pas de petites nouvelles structures-succursales du biz à vous toucher un panel, prête à n’importe quoi pour faire marcher la planche à billet.
Ce que j’entendais là était la beauté (d’une voix) grave d’un diamant noir poli qui ne deviendrait jamais lisse, accompagné, enchevêtré, dirais-je, par la voix féminine de la chanteuse dont j’appris plus tard le décès. Un élément surnaturel mais qui serait venu de la nature, rareté, bijou, petite mécanique des merveilles. Mechanism for People était une bombe fabriquée par des terroristes qui auraient eu énormément de goût.

D’où venait tout ça ? De l’observation des oiseaux, d’une fascination envers les entrailles de la terre ? Par quelles sortes d’extraterrestres ce joyau avait-il été fabriqué, du premier titre au dernier ?
Et le visuel, il était de qui, le visuel, illustrant à merveille le son de l’album lui-même.
a0996996241_10Chaque morceau me parut un miracle venu d’ailleurs, une combinaison de quelque chose, une alchimie d’évidences, j’avais rarement connu aussi parfaits entrelacs. Tout était limpide et travaillé, d’une vérité mais avec des aspérités, et la magie opérait à chaque fois, c’était si simple, et ça arrivait là, qu’avait foutu le monde auparavant, ou avait-il donc été se fourrer ?
Radio, journaliste, boite de prod’, tourneur de festival, je ne sais quoi…que fais tu donc… à quoi joues-tu ? Dans quelle contrée peu reluisante t’envoie-t-on trop souvent passer le balai de la médiocrité pour tous ? Hein, misérable ?
Mais finalement non, p’têt pas, peut-être ne valait-il mieux pas investir ni businesser trop implacablement ces jolies petites choses là, tout ça te saloperait la beauté, te collerait l’ignominieux orgueil au milieu, vieux cœur purulent sans intérêt, changeant les êtres, dominant les hommes, détruisant la créativité en la noyant dans une campagne de communication de soi-même, lui faisant des injonctions afin qu’il s’adapte à l’image qu’on aurait fabriqué de lui. L’art était la quête de soi, non ce que souhaitait l’autre. Et puis en vérité, le marché ne s’accommodait pas des étoiles.

Alors merci, les disques Normal, qui n’ont rien de Normal. Je ressortais allumé par la grâce et la douceur puissante de « Reach for the stars », comme une promesse qu’ils (Frédéric Parquet et Aïcha Oubakrim) auraient  tenu avec une facilité déconcertante, puis atteinte, pour nous amener directement aux étoiles.
Et puis, un nouveau groupe de Frédéric Parquet, au son menant pareillement aux plus vertigineux et luxuriants confins de la galaxie. Que faisaient donc les astrophysiciens de l’ESA où de la NASA réunis ? A se gargariser de cailloux perdus sur des satellites obscurs alors qu’ici, simplement ici, des astres noirs, lumineux, mélancoliques, puissants enflammaient les bacs et allaient continuer à briller ?
Que faisait le monde, bordel. Était-il à l’aube de comprendre et enfin d’apprécier le goût du temps et ses vertus ?
Une partie remise qui reviendrait bientôt ?

Après Mechanism for People, il y eut donc A Movement of return, que je découvris très récemment, et qui a son tour me laissa sur le visage l’empreinte d’une claque. Forgé une nouvelle fois par Frédéric Parquet lui-même, comme son métier de ferronnerie d’art lui avait peut-être indirectement insufflé de le faire, c’était la nouvelle roue magique d’un touche-à-tout tranquille, qui tournait, et tournerait encore, implacablement, plus que jamais épuré, vivant, énergique, aux artifices progressivement éliminés.

Alors achetez le, nourrissez-vous-en, repaissez-vous, repentez-vous de n’avoir jamais écouté, reprenez-vous que diable, et allez le voir lorsqu’il  passera pas loin de chez vous. Refilez vous des liens, colportez, offrez, transmettez, faites tourner chez Wikileaks et contactez Edward Snowden, écoutez au casque en regardant les étoiles, écoutez sans casque et en soirée, dansez, faites, aimez, faites aimez, écoutez encore, faites découvrir, il y a du génie dans cet homme-là.
On ne passe pas à côté de la vie sans la regarder fleurir.

Les disques Normal
Frédéric Parquet
A Movement of Return
Mechanism For People

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22 juillet 2016

Au Salon du livre Mots et Marées, Carnac-Plage (56), le 23 et 24 Juillet…

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Les Samedi 23 et Dimanche 24 juillet, je serai présent à la 3ème édition du Salon Mots et Marées à Carnac, dans le Morbihan.
Un grand merci aux libraires de la librairie Port Maria, Florence et Alexandre Cavallin, et à Jean-Yves Le Miniez (Galerie Port-Andro), pour l’invitation.
Magnifique programmation dans le cadre plein de charme de la placette Port-en-Drô à Carnac-Plage (56) !
Venez donc, ça swingue et ça filme, aussi !

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6 juin 2016

Le Petit Sachem l’a lu (et a aimé) #Hollywood-Plomodiern

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Une très jolie chronique de mon roman Hollywood-Plomodiern par le blog « Le Petit Sachem l’a lu »
Je cite :
Le Petit Sachem l'a lu (et a aimé) #Hollywood-Plomodiern p1060833-2-150x150« Ce roman est un tel régal que je ne veux pas vous en dire beaucoup plus sinon que ce ton piquant et irrévérencieux m’a rappelé Cul-de-sac de Douglas Kennedy (avant qu’il n’écrive des guimauves).
A la différence près que Stéphane Grangier laisse affleurer sa fibre punk dans quelques scènes bien senties … C’est drôle, noir, cruel, absurde et rudement bien écrit : bref, la lecture parfaite pour la plage ! »

Ouch ! Ravi ! Et vive la plage !

Merci donc, Petit Sachem ! (où Pascale la bibliothécaire)

Là > Le Petit Sachem l’a lu

31 mai 2016

Hollywood-Plomodiern dans Dig It !

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Une très jolie chronique d’Hollywood-Plomodiern dans le dernier Dig It (n° 67, à paraitre !)
(Avec un bel hommage à l’éditeur Jean-Marie Goater et une chouette critique du dernier Hervé Commère / Fleuve Editions).
(Merci Patrick Foulhoux !!!)
Enjoy !!!
(clique droit : Ouvrir image dans nouvel onglet pour agrandir)
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28 mai 2016

Dimanche 5 Juin, à l’occasion du trentenaire de la Bibliothèque de Chateaubourg…

Publié par stephanegrangier dans Non classé

plan Chateaubourg     Vous aurez remarqué si vous êtes perspicaces, et vous l’êtes, j’ai décidé de me recentrer sur quelques fondamentaux.

Pour l’écosystème en vogue, je représente l’intérêt d’une moule, en conséquence de quoi, et vis à vis du rocher qui m’accueille, les infos consubstantielles à mon existence écrivante passeront donc par ce blog-ci tout en transitant (le temps d’une fébrile migration) par mon profil Facebook puisque j’ai viré toute idiote prétention à une Page (tout étant tendresse et passion, gageons que nous resterons un amateur noble et éclairé et simplement passionné et non pas une espèce de Macron à-la-petite-semaine).

Je suis donc écrivant, c’est mon nouveau statut, celui que j’ai déclaré auprès des services de la Police, de l’Ordre moral et de Pôle Emploi et ainsi, dans ce cadre, en compagnie de quelques camarades du même tonneau, mais pas forcément du même cépage, je serai un des invités du trentenaire de la Bibliothèque de  Chateaubourg le Dimanche 5 juin  afin de parler de mes œuvres et de moi au milieu.

Dimanche 5 Juin, à l'occasion du trentenaire de la Bibliothèque de Chateaubourg... tonnez-212x300Il y aura Frédéric Paulin (Sur France-Inter Dimanche à 17h !) et Isabelle Amonou (confrère et soeur Calibre 35) et puis d’autres étranges volatiles au très joli plumage et pratiquant la même activité d’écrivant (et parfois même de dessinant) comme Jeff Sourdin, Irina Teodorescu, Gaëtan Lecoq, Didier Lahais, Pascal Bresson, Benjamin Keltz…

Félix Boulé (animateur littéraire à Radio-Laser) animera tables rondes et autres rencontres (j’imagine) avec la maestria qui le caractérise et nous serons tous reçus par Pascale, qu’il me tarde de rencontrer.

Yallah donc, public divin et curieux, c’est gratos, plein de générosité et d’ici là, tu auras trouvé le moyen de mettre un peu de tigre (et d’essence) dans ton moteur.
La bienvenue là :

Maison Pour Tous
9 rue Pasteur
35220 Chateaubourg
de 10h à 18h

 Accès :
-Voie Express en direction du Mans
-Sortie CHATEAUBOURG ( et non Châteaugiron !), il y a une éolienne à côté de la sortie
-Suivre Direction Centre-Ville
-Après être passé sur la Vilaine, prendre à gauche sur le petit rond-point et se garer sur le parking du Gué.

Tel : 02 99 62 31 41
Site :www.chateaubourg.fr

La Maison Pour Tous est en face au-dessus du parc (étoile verte plan première image).

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Ensuite, et arrivé cet été, je devrais me retrouver au troisième salon du livre de Carnac « Mots et Marées » (23-24 Juillet) mais ça c’est une autre histoire que je vous narrerai le moment venu.

15 mai 2016

Interview radio-Laser, retour

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Retour sur une émission de Radio-Laser où interviewé par Félix Boulé, je parlais de mes deux derniers livres :
Hollywood-Plomodiern (Editions Goater), paru en 2014 et Rachel, Lanester 76 (Editions la Gidouille), paru en 2015.
(Cliquez sur le bouzin pour autres interviews).

Pour en savoir plus sur les livres.
Hollywood-Plomodiern
Rachel, Lanester 76

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21 avril 2016

Le regard de Kooyong Sohn

Publié par stephanegrangier dans Non classé

     Au premier coup d’œil, les photos de Kooyong Sohn ne semblent rien afficher de particulier, ou peut-être tout juste un cadre, une vague vue un peu gauche, un geste, une harmonie du paysage, rien de plus. 
Et pourtant, à bien y regarder, quelque chose d’indicible semble vouloir surgir, comme une recherche d’équilibre dans le vide, d’une absence, où le sentiment d’un manque que l’instant aurait fixé, jusqu’à une certaine harmonie sur laquelle il faudrait songer à se pencher, dans cette apparente banalité du quotidien balayé par la vie.
Un instant m’est venu le songe de la mort, de celle de l’auteur, qui chercherait ainsi l’ailleurs, où à capturer une infime part d’éternité et ce qu’il aurait pu y dérober. Avant de disparaître, laissant sa trace dans une anfractuosité de l’invisible. La photo-miroir de lui-même et de sa respiration, entrain de ressentir, pressentir, enfin voir. L’instantané d’une magie dont il serait le seul à reconnaître le 
mouvement secret, et celui d’une Corée ni figée, ni particulièrement mouvante, mais autre, vue par un œil qui sait voir.
(Cliquez sur les images)

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20 avril 2016

A la Radio

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Retour sur une émission de Radio-Rennes où interviewé par Loïc Turmel, je parlais de mes deux derniers livres :
Hollywood-Plomodiern (Editions Goater) et Rachel, Lanester 76 (Editions la Gidouille)
(Cliquez sur l’onglet Up Next, en bas à droite du lecteur, pour retrouver d’autres interviews).

Lien dans Favoris (colonne de droite)

18 avril 2016

La nuit ne dure pas – Par Olivier Martinelli – Extrait 2

Publié par stephanegrangier dans Non classé

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 » Ensuite, j’ai saisi ma guitare et j’ai branché mon micro sur l’enregistreur. Je l’ai placé à mi-hauteur, face à l’ampli guitare. J’étais prêt à me lancer, à sauter dans le vide.J’ai gratté les cordes de mon Epiphone mais rien ne venait. Aucune mélodie, aucune phrase. J’ai posé la guitare sur le lit à côté de moi. J’ai placé mon front dans la paume de mes mains. J’ai essayé de comprendre ce qui m’arrivait. Mais je n’avais aucune réponse. J’ai repensé au baiser que Charline avait donné à Mika. Ca m’a rendu fou. Mais je n’avais rien à dire. Parce que à l’origine de tout ça, il n’y avait qu’un responsable et il était là enfermé dans cette pièce avec moi.
Ma mère est venue taper à ma porte pour que je vienne manger. J’ai crié que je n’avais pas faim. La nuit, je n’ai pas fermé l’œil. Je tournais en rond dans ma chambre. A un moment je suis allé cherché une bière dans le frigo des parents.J’ai pensé que ça me ferait du bien. Que ça ferait sauter quelques barrières. Au contraire, ça en a érigé de nouvelles et ça aiguisé ma lucidité  à l’extrême.
Au matin, je me suis habillé et je suis sorti en douce de la maison. J’ai marché une centaine de mètres jusqu’au grand rond-point et j’ai fait du stop en direction de la ville.Un type en Audi s’est arrêté presque aussitôt.La quarantaine bien tassée. Costard-cravate, rasé de près, le teint frais, du gel dans les cheveux.Il était tout ce que je ne serais jamais.
- Je te dépose où, petit ?
- Le plus près possible de la gare.
Je n’avais jamais vu un homme aussi content de lui-même. Il parlait beaucoup, me posait des questions mais y répondait à ma place, se recoiffait d’une main toutes les trente secondes, téléphonait de l’autre en parlant fort. Je me suis recroquevillé contre la portière et je me suis juré de ne jamais roulé en Audi. D’autant que, pour couronner le tout, le type écoutait à plein volume un CD de Christophe Maé.

Devant la gare, je l’ai remercié et je suis parti sans me retourner. J’ai traversé le grand hall en m’obligeant à ne pas regarder les gens. Les annonces dans les haut-parleurs étaient agressives.Elles me donnaient envie de fuir. Je suis arrivé sur les quais et j’ai commencé à marcher pour m’éloigner le plus possible de ce bruit. Un train m’a rasé en arrivant en gare. J’ai continué à avancer et, au bout d’un moment, il n’y a plus eu personne. J’ai sauté du quai et me suis mis à longer la voie ferrée. Je voulais trouver un endroit désert, loin de la ville.  Mais la ville était toujours là. Elle étendait ses racines très loin vers l’extérieur. Bientôt j’ai atteint la friche industrielle. Usines, hangars désaffectés. Je voulais aussi être assez loin de la gare pour que la vitesse du train soit suffisante. J’ai continué à marcher dans les caillasses qui bordaient les rails. Ca me faisait mal sous la plante des pieds. Les Converse, c’est pas ce qu’il y a de mieux pour ce genre de promenade.
Un train de marchandises est arrivé. Il était long et trapu, d’un gris fatigué, piqueté de rouille. Il n’allait pas assez vite. J’ai quand même senti un cube d’air métallique et chaud me heurter le visage. J’ai marché des kilomètres. J’avais les talons en feu. Les maisons se faisaient rares à présent. Un nouveau train m’a frôlé. Il a klaxonné au passage. Il roulait à bonne vitesse. Je me suis dit que cette fois, ça suffirait. A un moment, il n’y a plus eu que moi, les rails et les herbes folles. Plus un hangar. Plus une maison. Juste une ferme, au loin, et la mort qui soufflait sur moi son haleine puissante…. qui m’enveloppait de sa présence rassurante. Je n’étais pas effrayé. Je saurais la regarder en face quand elle se présenterait. Je me suis allongé sur la voie. Mais ça signifiait encore que je ne serais pas acteur de ma propre fin. La position était inconfortable. Le rail me sciait la nuque. Je me suis redressé et j’ai attendu de longues minutes qui m’ont paru des heures. J’ai commencé à chantonner. Cinq notes un peu tristes. Comme un requiem. J’ai entendu au loin un train qui arrivait. Ca grondait vers le sud. J’ai touché un rail du pied et j’ai senti les vibrations me pénétrer. Il y avait ces cinq notes. Il y avait ce train lancé à pleine vitesse. J’ai aperçu son reflet au loin. Cinq notes. Il manquait des paroles. Le train gobait le paysage. Il se précipitait sur moi. J’étais en équilibre au bord des rails. J’avais toujours ces cinq notes qui me trottaient dans la tête. Pas de parole. J’ai pensé à Charline, à l’enfant que je ne verrais jamais. J’ai pensé à mes frères, à mes parents, au groupe.  Tout ce que j’allais abandonner sur cette voie. Le monstre d’acier était à cent mètres. Le bruit des roulements, du métal qui frotte, emplissait l’espace à présent. J’avais ces cinq notes.
Je me suis jeté devant lui et j’ai basculé de l’autre côté des rails. J’ai fait un roulé boulé dans l’herbe et je me suis retrouvé assis, haletant, à regarder ma mort passer. Et j’ai prononcé ces mots : « This train won’t kill me ». Cinq syllabes. Ca pouvait coller avec mes cinq notes. Et tout de suite, j’ai entendu les guitares, la ligne de basse, la batterie. Je cherchais un rythme. mais je n’ai pas eu à le chercher bien loin. J’avais le bruit du train incrusté dans ma cervelle.Un train lancé à pleine vitesse. Ses frottements sur les rails. J’ai pensé à Johnny Cash, à sa rythmique implacable. Et je tenais ma chanson. Fallait pas que j’oublie tout ça. Je me suis mis à courir dans l’autre sens pour retourner vers la ville… J’ai levé les yeux au ciel. Je me suis demandé si quelqu’un là-haut veillait sur moi, s’il me préparait la route et si cette route allait être longue et belle.
Au bout de cent mètres, je me suis rendu compte qu’il me manquait une chaussure et que je saignais du pied. Je me suis assis par terre. J’ai retiré ma chaussette. J’avais une coupure au petit orteil. Rien de dramatique. J’ai enfilé de nouveau ma chaussette humide et je suis retourné surs mes pas pour retrouver ma chaussure. Le train avait dû l’emporter. Je n’ai pas réussi à la retrouver. En claudiquant, je me suis éloigné. Je n’avais pas misé ma vie sur la face d’une pièce. Mais c’était tout comme. Et finalement, c’était ce train qui m’avait sauvé. J’ai couru comme ça sur des kilomètres, comme un chien famélique. Et je ne fatiguais pas. A nouveau, j’ai traversé la gare grouillante de monde et j’ai pris la direction du centre-ville. Je suis allé directement chez Laurent et Emily. J’ai tapé chez eux comme si ma vie était en danger. Quand elle m’a vu dans cet état, Emily a fait une drôle de tête. Ses yeux ont roulé dans leurs orbites. J’ai eu l’impression qu’ils faisaient plusieurs tours. Je leur ai demandé si je pouvais utiliser leur mini-studio d’enregistrement. Laurent émergeait à peine. Derrière ses verres de lunettes, ses paupières semblaient peser des tonnes. Il m’a dit : « Bonjour quand même » et il m’a fait la bise. Il a eu un regard pour mon pied mais ne m’a posé aucune question. Il m’a juste dit :
- C’est la nouvelle mode ?
Puis il m’a conduit jusqu’à la pièce qui leur servait de studio et je m’y suis enfermé. »

(Page 247-250. La nuit ne dure pas. Olivier Martinelli. 13ème Note éditions)

 

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Deux extraits (voir billet précédent) de ce livre fait de mots simples et de phrases qui vont droit au coeur. Pas de fioriture et de l’émotion brute aurait pu dire John Fante, référence de l’auteur. Un récit qui pompe le raisiné en accéléré et le parcours d’une âme tumultueuse, douloureuse, désordonnée, bancale mais touchante et créatrice.
Malheureusement, du fait de la fermeture de l’éditeur 13ème note (spécialisé dans les auteurs américains mais dont Olivier Martinelli fut le seul Français publié), je ne sais s’il est actuellement possible de trouver ce livre, hors (et  encore) de la Librairie parisienne « Le monte en l’air » qui a racheté le stock. Des exemplaires circulent de-ci de-là.
Reste évidemment ses autres livres (quelques liens ci-dessous) :
L’ombre des années sereines
Quelqu’un à tuer
E-Fractions 
Wikipédia

Et quelques couvertures de ses derniers ouvrages.

La nuit ne dure pas 2
Album : La nuit ne dure pas 2

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16 avril 2016

La nuit ne dure pas – Par Olivier Martinelli – Extrait 1

Publié par stephanegrangier dans Non classé


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« Avec son visage long et ses yeux marron vert, je l’ai trouvé beau. Il était entrain de perdre son visage d’enfant. Il m’a dit :
– Qu’est-ce que t’as ? T’es en nage.
– Rien. J’ai rien. J’ai plus rien dans l’estomac. C’est bien ça le problème.
Il n’a pas compris ce que je lui disais. Il m’a lancé :
– Mange un morceau. Ça ira mieux.
Seb était comme ça. Très pragmatique, avec une solution simple à chaque problème. Il ne s’embarrassait jamais de considérations métaphysiques. Stressé ? Mal au ventre ? Mange un morceau. Migraine ? Maux de tête ? Gobe une aspirine. Déprimé ? Bois une bière. Pas de solution. Je cogne. Le vrai moteur du groupe, c’était lui.
– C’est bon, j’ai répondu. Allons-y.
Au passage, j’ai aperçu mon visage dans la glace. J’étais livide. J’ai suivi Dany, Seb et Arthur. On s’est engouffré dans un couloir interminable. Comme un tunnel sans fin. Le ciment gris s’effritait par endroits. J’entendais une rumeur, droit devant. Dany avait mis un bonnet. Il devait faire trente degrés et il avait mis un bonnet. Un bonnet gris, pointu, en laine qui penchait comme une érection molle et se balançait de droite à gauche au dessus de sa tête. On aurait dit un lutin. Arthur, lui, portait sa tenue habituelle. Chaussures noires, pantalon noir, chemise noire, chapeau noir. Seb arborait fièrement son tee-shirt des Strokes. Il avait les cheveux très courts, coupés de la veille.
Quand on a surgi sur la scène, un morceau des Violent Femmes passait en fond sonore. Il couvrait à peine le brouhaha dans la salle. Il y a eu des applaudissements, des sifflets enthousiastes. Seb s’est assis derrière ses fûts pendant qu’on enfilait nos guitares, Dany et moi. Lui, sa douze cordes, moi, la Fender, une guitare que le groupe avait gagnée dans une sorte de tremplin pour les Inrock’s. Seb a tapé trois coups puissants sur la grosse caisse. Sans doute pour évaluer le retour. Il a avancé son tabouret. Arthur s’est calé derrière sa basse. Il a positionné l’anse derrière son col de chemise et remonté le chapeau sur son front. Ça lui donnait l’allure d’une petite frappe anglaise des eighties. Je me suis penché pour enfoncer mon jack dans l’ampli. Je n’avais pas encore regardé le public. Il me faisait peur ce soir. Depuis qu’on avait entamé la tournée, il m’effrayait.Et ma frayeur n’avait cessé de croître. Depuis le premier jour et le premier concert. Je ne comprenais pas cette terreur soudaine qui m’envahissait alors que pendant trois ans je n’avais jamais rien ressenti de tel. Peut-être que ça venait de ma panne d’inspiration et de l’impression de plus en plus tenace d’être un imposteur.
Ce soir, on revenait au point de départ. On terminait chez nous. Les places s’étaient vendues en trois jours. On nous prédisait un vrai triomphe. Oui, ce soir encore, il fallait faire encore comme si tout allait bien, comme si la scène était le plus bel endroit sur terre. Un coin de paradis. J’ai senti une goutte de sueur couler sur ma tempe. Je me suis tourné vers Seb. Je lui ai donné le signal d’un simple regard. Il a entrechoqué ses baguettes à quatre reprises. Et j’ai attaqué les cordes de ma guitare en même temps qu’il pilonnait sa caisse claire. Sur la grosse caisse, il avait collé deux lettres rouges, « k.b. ».Les initiales de Kid Bombardos.
Dès le début, j’ai senti que je n’arriverai pas à me libérer. Et plus le concert avançait, plus je me sentais enfermé dans mes chansons. Je ne parvenais pas à les faire décoller. Je les clouais au sol. Plus d’élan. Plus de fraîcheur. Dany et mes deux frères redoublaient d’énergie pour compenser. Ca donnait l’impression d’un train fou lancé à pleine vitesse… un train vibrant sur ses rails.
Je me sentais creux, de plus en plus. Je devenais fou. Je n’arrivais plus à habiter mes chansons. Mes amis des Good Old Days étaient là, au premier rang. Je percevais l’inquiétude dans leurs regards, l’incompréhension. Malgré leur soutien silencieux, je n’y arrivais pas. A part eux qui me connaissaient bien, personne dans le public ne se rendait compte de rien. Les gens sautaient sur place, chantaient avec moi. Ils ne sentaient pas mon âme vide.
A la fin de « Goodbye Babe », on a posé nos instruments et on est sorti de scène en saluant. Les spectateurs savaient que, de toute façon, on allait revenir pour « I’m gonna try ». Cette chanson, tout le monde l’attendait. Toujours. Depuis les tout premiers concerts. Pourtant, comme un reptile, elle avait mué plusieurs fois déjà. Mais les gens l’aimaient quelle que soit sa nouvelle peau.Une chanson écrite dans un état de grâce… et qui resterait… qui nous survivrait. Je le savais maintenant.
Arrivé dans les loges, Seb s’est rué sur moi. Il m’a coincé contre un mur. Il faisait la même taille que moi, à présent.
– Qu’est-ce que tu fous, putain ?
– Lâche-moi.
J’ai essayé de me dégager. Il m’a barré le passage.
– Tu veux tout faire foirer ?
Je l’ai repoussé. J’ai hurlé :
– Quoi, tu crois que ça m’amuse ? Tu crois que j’ai le choix ?
Je tremblais de rage. Je les ai fixé tous les trois.
– J’y arrive plus, putain. J’y arrive plus.
Les larmes me sont montées aux yeux. On entendait gronder dans la salle. Arthur a dit :
– Bon. On réglera ça plus tard. Là, il faut y retourner.
Il m’a dévisagé.
– T’es prêt ? Tu peux y aller ?
J’ai chassé mes larmes d’un revers de main. J’ai reniflé et j’ai acquiescé d’un coup de menton dans l’air. Je les ai suivis de nouveau le long du corridor. J’avais l’impression que mon estomac pesait dix kilos. Un clameur nous a accueilli à notre retour.
Seb a entamé le morceau comme si c’était la dernière fois. Sur ma nuque, je sentais son regard se resserrer comme une mâchoire. Ses roulements sur les toms étaient puissants. Mon corps vibrait tout entier. J’ai attaqué mais j’aurais souhaité être partout sauf ici. Je me suis laissé guider par la chanson. Mais plus elle avançait, plus je peinais. Les paroles avaient du mal à sortir de ma bouche. Mon gosier était de plus en plus sec. Brusquement, j’ai saisi ma Fender par le manche et je l’ai fracassée au sol.Dany, à ma droite, a fait « Non ». Mais c’était déjà trop tard. La guitare gisait à mes pieds. Elle agonisait, le manche à quatre-vingt-dix degrés par rapport au corps de l’instrument.
Soudain, un mince filet de sang m’a aveuglé.En cédant, une corde m’avait déchiré l’arcade sourcilière. La foule a hurlé. Avec la guitare en morceaux et le sang sur mon visage, elle avait l’impression d’assister à la quintessence du rock alors qu’il s’agissait exactement du contraire…. Un aveu de défaite. »

(Page 194-197. La nuit ne dure pas. Olivier Martinelli. 13ème Note éditions)

Quintessence
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