No particular place to go

22 juillet 2016

Au Salon du livre Mots et Marées, Carnac-Plage (56), le 23 et 24 Juillet…

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Les Samedi 23 et Dimanche 24 juillet, je serai présent à la 3ème édition du Salon Mots et Marées à Carnac, dans le Morbihan.
Un grand merci aux libraires de la librairie Port Maria, Florence et Alexandre Cavallin, et à Jean-Yves Le Miniez (Galerie Port-Andro), pour l’invitation.
Magnifique programmation dans le cadre plein de charme de la placette Port-en-Drô à Carnac-Plage (56) !
Venez donc, ça swingue et ça filme, aussi !

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6 juin 2016

Le Petit Sachem l’a lu (et a aimé) #Hollywood-Plomodiern

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Une très jolie chronique de mon roman Hollywood-Plomodiern par le blog « Le Petit Sachem l’a lu »
Je cite :
Le Petit Sachem l'a lu (et a aimé) #Hollywood-Plomodiern p1060833-2-150x150« Ce roman est un tel régal que je ne veux pas vous en dire beaucoup plus sinon que ce ton piquant et irrévérencieux m’a rappelé Cul-de-sac de Douglas Kennedy (avant qu’il n’écrive des guimauves).
A la différence près que Stéphane Grangier laisse affleurer sa fibre punk dans quelques scènes bien senties … C’est drôle, noir, cruel, absurde et rudement bien écrit : bref, la lecture parfaite pour la plage ! »

Ouch ! Ravi ! Et vive la plage !

Merci donc, Petit Sachem ! (où Pascale la bibliothécaire)

Là > Le Petit Sachem l’a lu

31 mai 2016

Hollywood-Plomodiern dans Dig It !

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Une très jolie chronique d’Hollywood-Plomodiern dans le dernier Dig It (n° 67, à paraitre !)
(Avec un bel hommage à l’éditeur Jean-Marie Goater et une chouette critique du dernier Hervé Commère / Fleuve Editions).
(Merci Patrick Foulhoux !!!)
Enjoy !!!
(clique droit : Ouvrir image dans nouvel onglet pour agrandir)
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28 mai 2016

Dimanche 5 Juin, à l’occasion du trentenaire de la Bibliothèque de Chateaubourg…

Publié par stephanegrangier dans Non classé

plan Chateaubourg     Vous aurez remarqué si vous êtes perspicaces, et vous l’êtes, j’ai décidé de me recentrer sur quelques fondamentaux.

Pour l’écosystème en vogue, je représente l’intérêt d’une moule, en conséquence de quoi, et vis à vis du rocher qui m’accueille, les infos consubstantielles à mon existence écrivante passeront donc par ce blog-ci tout en transitant (le temps d’une fébrile migration) par mon profil Facebook puisque j’ai viré toute idiote prétention à une Page (tout étant tendresse et passion, gageons que nous resterons un amateur noble et éclairé et simplement passionné et non pas une espèce de Macron à-la-petite-semaine).

Je suis donc écrivant, c’est mon nouveau statut, celui que j’ai déclaré auprès des services de la Police, de l’Ordre moral et de Pôle Emploi et ainsi, dans ce cadre, en compagnie de quelques camarades du même tonneau, mais pas forcément du même cépage, je serai un des invités du trentenaire de la Bibliothèque de  Chateaubourg le Dimanche 5 juin  afin de parler de mes œuvres et de moi au milieu.

Dimanche 5 Juin, à l'occasion du trentenaire de la Bibliothèque de Chateaubourg... tonnez-212x300Il y aura Frédéric Paulin (Sur France-Inter Dimanche à 17h !) et Isabelle Amonou (confrère et soeur Calibre 35) et puis d’autres étranges volatiles au très joli plumage et pratiquant la même activité d’écrivant (et parfois même de dessinant) comme Jeff Sourdin, Irina Teodorescu, Gaëtan Lecoq, Didier Lahais, Pascal Bresson, Benjamin Keltz…

Félix Boulé (animateur littéraire à Radio-Laser) animera tables rondes et autres rencontres (j’imagine) avec la maestria qui le caractérise et nous serons tous reçus par Pascale, qu’il me tarde de rencontrer.

Yallah donc, public divin et curieux, c’est gratos, plein de générosité et d’ici là, tu auras trouvé le moyen de mettre un peu de tigre (et d’essence) dans ton moteur.
La bienvenue là :

Maison Pour Tous
9 rue Pasteur
35220 Chateaubourg
de 10h à 18h

 Accès :
-Voie Express en direction du Mans
-Sortie CHATEAUBOURG ( et non Châteaugiron !), il y a une éolienne à côté de la sortie
-Suivre Direction Centre-Ville
-Après être passé sur la Vilaine, prendre à gauche sur le petit rond-point et se garer sur le parking du Gué.

Tel : 02 99 62 31 41
Site :www.chateaubourg.fr

La Maison Pour Tous est en face au-dessus du parc (étoile verte plan première image).

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Ensuite, et arrivé cet été, je devrais me retrouver au troisième salon du livre de Carnac « Mots et Marées » (23-24 Juillet) mais ça c’est une autre histoire que je vous narrerai le moment venu.

15 mai 2016

Interview radio-Laser, retour

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Retour sur une émission de Radio-Laser où interviewé par Félix Boulé, je parlais de mes deux derniers livres :
Hollywood-Plomodiern (Editions Goater), paru en 2014 et Rachel, Lanester 76 (Editions la Gidouille), paru en 2015.
(Cliquez sur le bouzin pour autres interviews).

Pour en savoir plus sur les livres.
Hollywood-Plomodiern
Rachel, Lanester 76

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21 avril 2016

Le regard de Kooyong Sohn

Publié par stephanegrangier dans Non classé

     Au premier coup d’œil, les photos de Kooyong Sohn ne semblent rien afficher de particulier, ou peut-être tout juste un cadre, une vague vue un peu gauche, un geste, une harmonie du paysage, rien de plus. 
Et pourtant, à bien y regarder, quelque chose d’indicible semble vouloir surgir, comme une recherche d’équilibre dans le vide, d’une absence, où le sentiment d’un manque que l’instant aurait fixé, jusqu’à une certaine harmonie sur laquelle il faudrait songer à se pencher, dans cette apparente banalité du quotidien balayé par la vie.
Un instant m’est venu le songe de la mort, de celle de l’auteur, qui chercherait ainsi l’ailleurs, où à capturer une infime part d’éternité et ce qu’il aurait pu y dérober. Avant de disparaître, laissant sa trace dans une anfractuosité de l’invisible. La photo-miroir de lui-même et de sa respiration, entrain de ressentir, pressentir, enfin voir. L’instantané d’une magie dont il serait le seul à reconnaître le 
mouvement secret, et celui d’une Corée ni figée, ni particulièrement mouvante, mais autre, vue par un œil qui sait voir.
(Cliquez sur les images)

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20 avril 2016

A la Radio

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Retour sur une émission de Radio-Rennes où interviewé par Loïc Turmel, je parlais de mes deux derniers livres :
Hollywood-Plomodiern (Editions Goater) et Rachel, Lanester 76 (Editions la Gidouille)
(Cliquez sur l’onglet Up Next, en bas à droite du lecteur, pour retrouver d’autres interviews).

Lien dans Favoris (colonne de droite)

18 avril 2016

La nuit ne dure pas – Par Olivier Martinelli – Extrait 2

Publié par stephanegrangier dans Non classé

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 » Ensuite, j’ai saisi ma guitare et j’ai branché mon micro sur l’enregistreur. Je l’ai placé à mi-hauteur, face à l’ampli guitare. J’étais prêt à me lancer, à sauter dans le vide.J’ai gratté les cordes de mon Epiphone mais rien ne venait. Aucune mélodie, aucune phrase. J’ai posé la guitare sur le lit à côté de moi. J’ai placé mon front dans la paume de mes mains. J’ai essayé de comprendre ce qui m’arrivait. Mais je n’avais aucune réponse. J’ai repensé au baiser que Charline avait donné à Mika. Ca m’a rendu fou. Mais je n’avais rien à dire. Parce que à l’origine de tout ça, il n’y avait qu’un responsable et il était là enfermé dans cette pièce avec moi.
Ma mère est venue taper à ma porte pour que je vienne manger. J’ai crié que je n’avais pas faim. La nuit, je n’ai pas fermé l’œil. Je tournais en rond dans ma chambre. A un moment je suis allé cherché une bière dans le frigo des parents.J’ai pensé que ça me ferait du bien. Que ça ferait sauter quelques barrières. Au contraire, ça en a érigé de nouvelles et ça aiguisé ma lucidité  à l’extrême.
Au matin, je me suis habillé et je suis sorti en douce de la maison. J’ai marché une centaine de mètres jusqu’au grand rond-point et j’ai fait du stop en direction de la ville.Un type en Audi s’est arrêté presque aussitôt.La quarantaine bien tassée. Costard-cravate, rasé de près, le teint frais, du gel dans les cheveux.Il était tout ce que je ne serais jamais.
- Je te dépose où, petit ?
- Le plus près possible de la gare.
Je n’avais jamais vu un homme aussi content de lui-même. Il parlait beaucoup, me posait des questions mais y répondait à ma place, se recoiffait d’une main toutes les trente secondes, téléphonait de l’autre en parlant fort. Je me suis recroquevillé contre la portière et je me suis juré de ne jamais roulé en Audi. D’autant que, pour couronner le tout, le type écoutait à plein volume un CD de Christophe Maé.

Devant la gare, je l’ai remercié et je suis parti sans me retourner. J’ai traversé le grand hall en m’obligeant à ne pas regarder les gens. Les annonces dans les haut-parleurs étaient agressives.Elles me donnaient envie de fuir. Je suis arrivé sur les quais et j’ai commencé à marcher pour m’éloigner le plus possible de ce bruit. Un train m’a rasé en arrivant en gare. J’ai continué à avancer et, au bout d’un moment, il n’y a plus eu personne. J’ai sauté du quai et me suis mis à longer la voie ferrée. Je voulais trouver un endroit désert, loin de la ville.  Mais la ville était toujours là. Elle étendait ses racines très loin vers l’extérieur. Bientôt j’ai atteint la friche industrielle. Usines, hangars désaffectés. Je voulais aussi être assez loin de la gare pour que la vitesse du train soit suffisante. J’ai continué à marcher dans les caillasses qui bordaient les rails. Ca me faisait mal sous la plante des pieds. Les Converse, c’est pas ce qu’il y a de mieux pour ce genre de promenade.
Un train de marchandises est arrivé. Il était long et trapu, d’un gris fatigué, piqueté de rouille. Il n’allait pas assez vite. J’ai quand même senti un cube d’air métallique et chaud me heurter le visage. J’ai marché des kilomètres. J’avais les talons en feu. Les maisons se faisaient rares à présent. Un nouveau train m’a frôlé. Il a klaxonné au passage. Il roulait à bonne vitesse. Je me suis dit que cette fois, ça suffirait. A un moment, il n’y a plus eu que moi, les rails et les herbes folles. Plus un hangar. Plus une maison. Juste une ferme, au loin, et la mort qui soufflait sur moi son haleine puissante…. qui m’enveloppait de sa présence rassurante. Je n’étais pas effrayé. Je saurais la regarder en face quand elle se présenterait. Je me suis allongé sur la voie. Mais ça signifiait encore que je ne serais pas acteur de ma propre fin. La position était inconfortable. Le rail me sciait la nuque. Je me suis redressé et j’ai attendu de longues minutes qui m’ont paru des heures. J’ai commencé à chantonner. Cinq notes un peu tristes. Comme un requiem. J’ai entendu au loin un train qui arrivait. Ca grondait vers le sud. J’ai touché un rail du pied et j’ai senti les vibrations me pénétrer. Il y avait ces cinq notes. Il y avait ce train lancé à pleine vitesse. J’ai aperçu son reflet au loin. Cinq notes. Il manquait des paroles. Le train gobait le paysage. Il se précipitait sur moi. J’étais en équilibre au bord des rails. J’avais toujours ces cinq notes qui me trottaient dans la tête. Pas de parole. J’ai pensé à Charline, à l’enfant que je ne verrais jamais. J’ai pensé à mes frères, à mes parents, au groupe.  Tout ce que j’allais abandonner sur cette voie. Le monstre d’acier était à cent mètres. Le bruit des roulements, du métal qui frotte, emplissait l’espace à présent. J’avais ces cinq notes.
Je me suis jeté devant lui et j’ai basculé de l’autre côté des rails. J’ai fait un roulé boulé dans l’herbe et je me suis retrouvé assis, haletant, à regarder ma mort passer. Et j’ai prononcé ces mots : « This train won’t kill me ». Cinq syllabes. Ca pouvait coller avec mes cinq notes. Et tout de suite, j’ai entendu les guitares, la ligne de basse, la batterie. Je cherchais un rythme. mais je n’ai pas eu à le chercher bien loin. J’avais le bruit du train incrusté dans ma cervelle.Un train lancé à pleine vitesse. Ses frottements sur les rails. J’ai pensé à Johnny Cash, à sa rythmique implacable. Et je tenais ma chanson. Fallait pas que j’oublie tout ça. Je me suis mis à courir dans l’autre sens pour retourner vers la ville… J’ai levé les yeux au ciel. Je me suis demandé si quelqu’un là-haut veillait sur moi, s’il me préparait la route et si cette route allait être longue et belle.
Au bout de cent mètres, je me suis rendu compte qu’il me manquait une chaussure et que je saignais du pied. Je me suis assis par terre. J’ai retiré ma chaussette. J’avais une coupure au petit orteil. Rien de dramatique. J’ai enfilé de nouveau ma chaussette humide et je suis retourné surs mes pas pour retrouver ma chaussure. Le train avait dû l’emporter. Je n’ai pas réussi à la retrouver. En claudiquant, je me suis éloigné. Je n’avais pas misé ma vie sur la face d’une pièce. Mais c’était tout comme. Et finalement, c’était ce train qui m’avait sauvé. J’ai couru comme ça sur des kilomètres, comme un chien famélique. Et je ne fatiguais pas. A nouveau, j’ai traversé la gare grouillante de monde et j’ai pris la direction du centre-ville. Je suis allé directement chez Laurent et Emily. J’ai tapé chez eux comme si ma vie était en danger. Quand elle m’a vu dans cet état, Emily a fait une drôle de tête. Ses yeux ont roulé dans leurs orbites. J’ai eu l’impression qu’ils faisaient plusieurs tours. Je leur ai demandé si je pouvais utiliser leur mini-studio d’enregistrement. Laurent émergeait à peine. Derrière ses verres de lunettes, ses paupières semblaient peser des tonnes. Il m’a dit : « Bonjour quand même » et il m’a fait la bise. Il a eu un regard pour mon pied mais ne m’a posé aucune question. Il m’a juste dit :
- C’est la nouvelle mode ?
Puis il m’a conduit jusqu’à la pièce qui leur servait de studio et je m’y suis enfermé. »

(Page 247-250. La nuit ne dure pas. Olivier Martinelli. 13ème Note éditions)

 

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Deux extraits (voir billet précédent) de ce livre fait de mots simples et de phrases qui vont droit au coeur. Pas de fioriture et de l’émotion brute aurait pu dire John Fante, référence de l’auteur. Un récit qui pompe le raisiné en accéléré et le parcours d’une âme tumultueuse, douloureuse, désordonnée, bancale mais touchante et créatrice.
Malheureusement, du fait de la fermeture de l’éditeur 13ème note (spécialisé dans les auteurs américains mais dont Olivier Martinelli fut le seul Français publié), je ne sais s’il est actuellement possible de trouver ce livre, hors (et  encore) de la Librairie parisienne « Le monte en l’air » qui a racheté le stock. Des exemplaires circulent de-ci de-là.
Reste évidemment ses autres livres (quelques liens ci-dessous) :
L’ombre des années sereines
Quelqu’un à tuer
E-Fractions 
Wikipédia

Et quelques couvertures de ses derniers ouvrages.

La nuit ne dure pas 2
Album : La nuit ne dure pas 2

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16 avril 2016

La nuit ne dure pas – Par Olivier Martinelli – Extrait 1

Publié par stephanegrangier dans Non classé


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« Avec son visage long et ses yeux marron vert, je l’ai trouvé beau. Il était entrain de perdre son visage d’enfant. Il m’a dit :
– Qu’est-ce que t’as ? T’es en nage.
– Rien. J’ai rien. J’ai plus rien dans l’estomac. C’est bien ça le problème.
Il n’a pas compris ce que je lui disais. Il m’a lancé :
– Mange un morceau. Ça ira mieux.
Seb était comme ça. Très pragmatique, avec une solution simple à chaque problème. Il ne s’embarrassait jamais de considérations métaphysiques. Stressé ? Mal au ventre ? Mange un morceau. Migraine ? Maux de tête ? Gobe une aspirine. Déprimé ? Bois une bière. Pas de solution. Je cogne. Le vrai moteur du groupe, c’était lui.
– C’est bon, j’ai répondu. Allons-y.
Au passage, j’ai aperçu mon visage dans la glace. J’étais livide. J’ai suivi Dany, Seb et Arthur. On s’est engouffré dans un couloir interminable. Comme un tunnel sans fin. Le ciment gris s’effritait par endroits. J’entendais une rumeur, droit devant. Dany avait mis un bonnet. Il devait faire trente degrés et il avait mis un bonnet. Un bonnet gris, pointu, en laine qui penchait comme une érection molle et se balançait de droite à gauche au dessus de sa tête. On aurait dit un lutin. Arthur, lui, portait sa tenue habituelle. Chaussures noires, pantalon noir, chemise noire, chapeau noir. Seb arborait fièrement son tee-shirt des Strokes. Il avait les cheveux très courts, coupés de la veille.
Quand on a surgi sur la scène, un morceau des Violent Femmes passait en fond sonore. Il couvrait à peine le brouhaha dans la salle. Il y a eu des applaudissements, des sifflets enthousiastes. Seb s’est assis derrière ses fûts pendant qu’on enfilait nos guitares, Dany et moi. Lui, sa douze cordes, moi, la Fender, une guitare que le groupe avait gagnée dans une sorte de tremplin pour les Inrock’s. Seb a tapé trois coups puissants sur la grosse caisse. Sans doute pour évaluer le retour. Il a avancé son tabouret. Arthur s’est calé derrière sa basse. Il a positionné l’anse derrière son col de chemise et remonté le chapeau sur son front. Ça lui donnait l’allure d’une petite frappe anglaise des eighties. Je me suis penché pour enfoncer mon jack dans l’ampli. Je n’avais pas encore regardé le public. Il me faisait peur ce soir. Depuis qu’on avait entamé la tournée, il m’effrayait.Et ma frayeur n’avait cessé de croître. Depuis le premier jour et le premier concert. Je ne comprenais pas cette terreur soudaine qui m’envahissait alors que pendant trois ans je n’avais jamais rien ressenti de tel. Peut-être que ça venait de ma panne d’inspiration et de l’impression de plus en plus tenace d’être un imposteur.
Ce soir, on revenait au point de départ. On terminait chez nous. Les places s’étaient vendues en trois jours. On nous prédisait un vrai triomphe. Oui, ce soir encore, il fallait faire encore comme si tout allait bien, comme si la scène était le plus bel endroit sur terre. Un coin de paradis. J’ai senti une goutte de sueur couler sur ma tempe. Je me suis tourné vers Seb. Je lui ai donné le signal d’un simple regard. Il a entrechoqué ses baguettes à quatre reprises. Et j’ai attaqué les cordes de ma guitare en même temps qu’il pilonnait sa caisse claire. Sur la grosse caisse, il avait collé deux lettres rouges, « k.b. ».Les initiales de Kid Bombardos.
Dès le début, j’ai senti que je n’arriverai pas à me libérer. Et plus le concert avançait, plus je me sentais enfermé dans mes chansons. Je ne parvenais pas à les faire décoller. Je les clouais au sol. Plus d’élan. Plus de fraîcheur. Dany et mes deux frères redoublaient d’énergie pour compenser. Ca donnait l’impression d’un train fou lancé à pleine vitesse… un train vibrant sur ses rails.
Je me sentais creux, de plus en plus. Je devenais fou. Je n’arrivais plus à habiter mes chansons. Mes amis des Good Old Days étaient là, au premier rang. Je percevais l’inquiétude dans leurs regards, l’incompréhension. Malgré leur soutien silencieux, je n’y arrivais pas. A part eux qui me connaissaient bien, personne dans le public ne se rendait compte de rien. Les gens sautaient sur place, chantaient avec moi. Ils ne sentaient pas mon âme vide.
A la fin de « Goodbye Babe », on a posé nos instruments et on est sorti de scène en saluant. Les spectateurs savaient que, de toute façon, on allait revenir pour « I’m gonna try ». Cette chanson, tout le monde l’attendait. Toujours. Depuis les tout premiers concerts. Pourtant, comme un reptile, elle avait mué plusieurs fois déjà. Mais les gens l’aimaient quelle que soit sa nouvelle peau.Une chanson écrite dans un état de grâce… et qui resterait… qui nous survivrait. Je le savais maintenant.
Arrivé dans les loges, Seb s’est rué sur moi. Il m’a coincé contre un mur. Il faisait la même taille que moi, à présent.
– Qu’est-ce que tu fous, putain ?
– Lâche-moi.
J’ai essayé de me dégager. Il m’a barré le passage.
– Tu veux tout faire foirer ?
Je l’ai repoussé. J’ai hurlé :
– Quoi, tu crois que ça m’amuse ? Tu crois que j’ai le choix ?
Je tremblais de rage. Je les ai fixé tous les trois.
– J’y arrive plus, putain. J’y arrive plus.
Les larmes me sont montées aux yeux. On entendait gronder dans la salle. Arthur a dit :
– Bon. On réglera ça plus tard. Là, il faut y retourner.
Il m’a dévisagé.
– T’es prêt ? Tu peux y aller ?
J’ai chassé mes larmes d’un revers de main. J’ai reniflé et j’ai acquiescé d’un coup de menton dans l’air. Je les ai suivis de nouveau le long du corridor. J’avais l’impression que mon estomac pesait dix kilos. Un clameur nous a accueilli à notre retour.
Seb a entamé le morceau comme si c’était la dernière fois. Sur ma nuque, je sentais son regard se resserrer comme une mâchoire. Ses roulements sur les toms étaient puissants. Mon corps vibrait tout entier. J’ai attaqué mais j’aurais souhaité être partout sauf ici. Je me suis laissé guider par la chanson. Mais plus elle avançait, plus je peinais. Les paroles avaient du mal à sortir de ma bouche. Mon gosier était de plus en plus sec. Brusquement, j’ai saisi ma Fender par le manche et je l’ai fracassée au sol.Dany, à ma droite, a fait « Non ». Mais c’était déjà trop tard. La guitare gisait à mes pieds. Elle agonisait, le manche à quatre-vingt-dix degrés par rapport au corps de l’instrument.
Soudain, un mince filet de sang m’a aveuglé.En cédant, une corde m’avait déchiré l’arcade sourcilière. La foule a hurlé. Avec la guitare en morceaux et le sang sur mon visage, elle avait l’impression d’assister à la quintessence du rock alors qu’il s’agissait exactement du contraire…. Un aveu de défaite. »

(Page 194-197. La nuit ne dure pas. Olivier Martinelli. 13ème Note éditions)

Quintessence
Album : Quintessence

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16 avril 2016

La lande de la rivière*

Publié par stephanegrangier dans Non classé

Récemment reçu par mail  :

« Bonsoir,
je m’adresse à Stéphane Grangier, auteur de Rachel Lanester 76. J’espère être à la bonne adresse !
Je me permets de vous écrire car je viens de lire votre dernier récit autour de Lanester. Et de Rachel aussi.
C’est une rencontre, un hasard même, qui m’ont incité à avaler votre histoire cul sec ! 
Essai Couv 2 lignesLanestérien, né en 1968, J’ai grandi dans cette ville de ma petite enfance jusqu’au milieu de mon adolescence. Après une vingtaine d’années parisiennes, je suis revenu depuis 10 ans, et me suis installé à Lorient. En face.
Je suis photographe, et en octobre prochain, j’exposerai à la rotonde, la galerie municipale de Lanester. Mon sujet sera cette ville, ou plus précisément une interrogation autour de mon enfance, une  fabrique de souvenirs… Quel est le sens d’y revenir, finalement…
C’est pourquoi j’ai beaucoup apprécié la lecture de votre livre car elle résonne avec mes images.
J’espère que l’on aura l’occasion d’échanger sur ce sujet, un jour, peut-être…
En attendant, je vous souhaite de très belles choses.
Merci encore, et bien cordialement.
Eric Courtet. »

J’ai alors essayé de faire résonner quelques-unes de ses photos avec des extraits de mon livre.
Son site :

1 Courtet

« A l’époque, Lorient appartenait à une autre galaxie.
Là, familière, sœurette d’amertume, elle possédait cette crasse reconnaissable entre toutes, du centre à pognon au laboratoire HLM coincé dans d’incertains miradors qui vous autorisaient ou non la vue sur l’océan. La ville aurait presque pu se résumer ainsi, si on lui avait excusé sa mutation en gruyère géant lors de la dernière guerre. Mais en vérité, je m’en battais les noix, de l’historique de cette ville. J’avais voulu revoir Lanester et ces lumières, en face, sur l’autre rive du Scorff qui s’enfonçait dans les terres du Morbihan.
J’avais traîné une journée à tourner en rond sur moi-même, avant de me décider à remonter vers le quartier qui surplombait l’embouchure de la rivière.
Si Lorient était portuaire, Lanester était mortuaire, momifiée, plombée par ce poids du temps qui l’avait flinguée à une époque pour ces raisons bizarres que seuls le ressenti et la connaissance auraient peut-être pu décrypter.
Posté là, je voyais l’arsenal s’étirer jusqu’à la rive, fourmillant d’ouvriers aux heures de pointe dans des vies rythmées par la sonnerie mélancolique de l’impuissance, puis enfin, derrière ses hauts murs,  la ville qui s’étendait à perte de vue. »

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« Et puis il y a eu à nouveau ces cheveux noirs autour de ce visage. Rachel, qu’elle s’appelait. Rachel vida alors le monde du reste de sa substance.
Seuls, sur ce chemin. Ses pas crissent dans le gravier quelques mètres devant moi, j’ai peur de la regarder, j’ai peur qu’elle sente mon regard, mon intérêt, insistant, troublé, j’ai peur de ne pouvoir rien dire. J’ai peur de rester là et de mourir. Parce que je suis un zéro. Et qu’elle ne pourra faire autrement que de s’en rendre compte. Tout de suite, alors. Maintenant.
- T’es nouvelle,  ici ?
J’accélère le pas, essayant de me hisser à sa hauteur.
Silence. Elle est timide où alors je n’existe pas. Mais le fait qu’elle accélère m’indique qu’elle a très bien entendu.

2 Courtet

Merde. Se prend pour qui celle-là ? Mais c’est une piètre consolation.
Arrivée sur le grand boulevard, elle l’emprunte sur la gauche. Voilà, fini, je vais me remettre à errer comme un âne. Je pars dans la direction inverse, puis à gauche, je traverse la route, avant de suivre la longue rue perpendiculaire qui descend vers une place. Ces maisons, en face, accolées l’une à l’autre, et la mienne, au milieu. C’est un chemin dont je connais toutes les bizarreries et tous les enchantements. Aucun secret l’un envers l’autre, parce que je lui ai soufflé ma vie maintes fois, et qu’il m’a toujours longuement respiré dans les naseaux, mais le savoir ne m’aide pas, puisque je me sens triste, accablé, déçu. A la maison , je passe devant le fauteuil sans voir mémé dessus et monte dans ma chambre, oubliant ma mère qui me parle de la cuisine. Puis, je m’enfonce dans mon lit, explosant en des flots de larmes.

Je l’ai revue le lendemain sur ce même chemin, loin devant, le cartable ballottant à la main comme si elle s’amusait d’une petite chorégraphie perso.J’ai adoré la surprendre dans sa touchante intimité. Elle ne m’avait pas vu. Je m’arrêtai, lui laissant un maximum d’avance. J’étais bouleversé. Sur l’instant, j’avais pensé rebrousser chemin prétextant la fièvre, mais ma mère n’était pas dupe de la rouerie dans laquelle je me vautrais constamment. Alors j’ai continué, mais en traînant le pas, espérant arriver à l’école pile à la sonnerie.
Ça a foiré. J’arrivais trop tôt, mais les houleux éléments de la cour firent que j’oubliai. Du coup, à la sortie, j’avais effacé jusqu’à son existence et elle se retrouva quelques mètres devant moi, à arpenter le chemin. J’ai gardé mon rythme. Je ne voulais pas transiger. Mais ça devint gênant. On était quasiment au même niveau et je sentais cette sensation désagréable émanant d’elle qui dérivait vers moi, ce troisième œil fronçant du sourcil. La tension grimpa mais pour l’un comme pour l’autre, ralentir où accélérer eut été un aveu de faiblesse, alors rien a changé jusqu’à ce qu’elle grimpe Jolly Jumper :
- Bon.T’arrêtes de me suivre où quoi ?

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- C’est là.
- Quoi là ? J’ai demandé, lourdaud.
- Ben là ! Elle a reniflé, indiquant un vague panorama.
J’ai regardé, j’ai rien vu, alors mon regard est revenu sur elle.
- Tu te fous de moi ?
- C’est une SURPRISE, tu veux tout de même pas que je te la montre à l’avance, non plus ?
- C’est toi qui me dis « là »… dans la rue, tu veux dire ?
Comme souvent, elle a préféré se taire, grimaçant de mon manque de poésie, déplorant mon romantisme à parpaing. J’ai rien dit mais j’ai avancé dans la rue. Au bout de dix mètres, elle me retenait le bras.
- Baisse-toi !Elle m’a forcé à m’accroupir, avant d’en faire de même. Puis soudain, elle s’est mise à quatre pattes, m’a dit de faire pareil et de la suivre. On s’est alors engagé dans un rétrécissement de la rue entre les murets des maisons.
- Y a un type pas net, là, dans la maison à gauche. Parait qu’il tire sur tout le monde. Si on rampe c’est justement pour éviter le danger.
Trouble, claque, pain dans la gueule. D’une, du risque imminent d’assassinat, deuze d’être obligé de reluquer cette mince culotte s’enfouissant alternativement entre ses fesses qui se dénudaient à mesure qu’elle progressait. Alors qu’elle m’entretenait « précaution », je m’arrimais à son cul, ébranlé, souverain, ravi d’avoir été contraint. Le tissu coincé dans la raie, Rachel s’arrêta deux fois pour remettre les choses en ordre, ce qui me plongea dans les profondeurs d’un songe spatial. Les filles, même à huit ans, c’est comme ça, manipulatrices dès qu’il s’agit de vous ruiner l’âme, de vous vider la volonté, de vous trimbaler par le bout du pif. Suis resté son objet quelques mètres, puis elle s’est relevée, m’indiquant qu’il n’y avait plus de danger. Arrivé au bout de l’impasse, elle m’a une nouvelle fois fait le coup.
- C’est là.
- Où ça, « là » ?
- Là.
Cette fois, son doigt indiquait une vielle bicoque genre début de siècle à l’abandon, en face de nous, en face de tout. Un hôtel particulier dont le jardin consistait en une inextricable jungle de ronces et de plantes. La bâtisse tombait en ruines. Deux étages avec des fenêtres au carreaux brisés, et une partie de toiture qui s’effondrait dans le grenier provoquant d’énormes trous qui laissaient apparaître des éboulements de gravats et d’ardoise, à l’intérieur.
Pourtant, elle portait bien, orgueilleuse dans son mécanisme d’autodéfense, le charme stylé des villégiatures d’antan en pierre appartenant aux riches. J’ai songé à ces types à gilet croisant des gonzesses en crinolines. Là, elle trônait dans un dénuement délirant, au fond de son impasse, comme une menace sourde sur toutes ces maisons préfabriquées qui s’étaient empilées en amont jusqu’à déranger sa quiétude. »

4 Courtet

Rachel, Lanester 76 /Editions La Gidouille
* Lannarstêr (lann-er-ster, la lande de la rivière)

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